Vit et travaille à Bruxelles
Ma pratique interroge la notion de bâtir, en articulant gestes et transformation de la matière comme un processus sculptural qui traverse architecture, spatialité, structure et forme.
Je développe une pratique sculpturale à travers un processus d’archivage photographique, de dessin, de récupération de matériaux issus d’espaces en construction, de site industriels, de matériaux laissé dans la rue après un chantier.
Mon travail s’oriente vers un Protocole fragmentaire : sculptures et installations se déploient dans l’espace comme des structures ouvertes, en tension, faites de lignes interrompues, d’ancrages visibles et de forces contraires.
Les formes imaginaires liées à la construction et la déconstruction sont souvent des séries dans des séries. Je joue ainsi sur l’ambiguïté entre les deux dimensions et les trois dimensions, entre surface plane et volume. Ce sont des traductions de dessins en volume ou de formes aplaties qui sont ensuite utilisées dans l’espace visuel.
Je glane des matériaux de construction, dans une démarche de réemploi : gravats, chutes, déchets de chantier, plaques, câbles, tubes, tuiles, ferrailles. Je sélectionne des lignes, des courbes, je repère, je collectionne. Ce sont des matières en transit, entre usage et abandon. Cela devient un répertoire de formes, une matière première pour mes sculptures.
J’aime ce rapport de ramener à l’intérieur ce qui a été jeté dehors. Ces matériaux ont des cycles. Ils portent les traces de ce qu’ils ont soutenu, traversé, touché. Leur nouvelle vie s’invente dans l’atelier, dans l’écart entre leur fonction première et leur potentiel sculptural.
Je donne forme à des équilibres fragiles. Ce qui, habituellement, est invisible ou enfoui dans la structure, les supports, les renforts, les erreurs, les saillies, devient ici visible, apparent, mis en tension. La sculpture révèle la colonne vertébrale des murs, les infrastructures cachées, les points d’ancrage oubliés.
Mes sculptures sont vocabulaires de construction, une architecture recomposée à partir d’écarts, de manques, d’erreurs, de fragments. Je m’intéresse aux gestes techniques du bâtiment : percer, enrober, ancrer, assembler, que je détourne en gestes sculpturaux. Chaque pièce se tient dans un entre-deux : entre solidité et faille, entre souplesse et fragilité.
Tout en utilisant des gestes simples : plier, tordre, enrouler, je laisse une trace de la manipulation, une action, une souplesse dans les matériaux, en figeant un mouvement, en enlevant la fonction, et en la rigidifiant. Une délicatesse se crée dans la matière brute. Les lignes se déploient, rejouent et recréent un nouvel espace. Entre abstraction et construction mes sculptures se dessinent dans l’espace. Les matériaux jaillissent et les formes s’entremêlent.
J’introduis une picturalité dans la matière sculpturale. L’oxydation devient couleur, l’usure devient motif. Le matériau peint de lui-même. La rouille, les éclats, les résidus deviennent autant de traits, de textures, de couches. Je reprends des gestes d’usure du chantier, un fer qui ressort du béton par défaut d’enrobage, une tension laissée visible, et les transforme en lignes, en surfaces, en motifs. Ces accidents deviennent des points d’accroche, des rythmes, des respirations.
Je m’interroge sur la manière de construire tout en explorant la relation au lieu, la friction des matériaux et la vibration qu’émet l’association des matières.
Entre souplesse et rigidité, tout se fait échos, tout se fragmente.